( AFP / SAMEER AL-DOUMY )
Le verre en fusion tombe en gouttes de feu dans des goulottes, avant d'être soufflé en bouteilles incandescentes: comme de nombreux autres sites industriels très gourmands en énergie, l'usine Encirc, près de Liverpool, s'inquiète des prix exorbitants facturés aux professionnels au Royaume-Uni.
"Nous payons beaucoup plus cher nos coûts énergétiques que nos concurrents européens", résume auprès de l'AFP Oliver Harry, directeur des Affaires publiques de cette entreprise qui fabrique chaque année plus du tiers des bouteilles de verre consommées dans le pays.
Entre sa dépendance persistante au gaz et le coût de sa transition vers le renouvelable qui se répercute sur les factures, le Royaume-Uni affiche les prix de l'énergie parmi les plus élevés d'Europe.
Le prix de son électricité industrielle était même le plus haut du continent en 2024, selon les données annuelles basées sur les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie (IEA).
Dans la chaleur épaisse produite par les deux immenses fours, le responsable d'Encirc prévient: "Nous constatons déjà une augmentation des importations au Royaume-Uni, les clients se tournant vers des producteurs de verre bon marché et moins durables", installés notamment en Turquie ou en Chine.
- Presque 40% plus élevés -
Cette entreprise n'est pas seule à tirer la sonnette d'alarme: de la métallurgie à la chimie, en passant par l'industrie du ciment, les secteurs gourmands en énergie voudraient davantage de soutien du gouvernement pour rester compétitifs.
L'exécutif a déjà acté une hausse à 90% d'une exemption de charges de réseau, qui entrera en vigueur en avril et permettra à "environ 500 des entreprises les plus énergivores du Royaume-Uni d'économiser jusqu'à 420 millions de livres par an sur leurs factures d'électricité", fait valoir un porte-parole du ministère des Entreprises à l'AFP.
Mais pour la métallurgie, fragilisée ces dernières années par des fermetures de hauts fourneaux traditionnels au charbon — dont certains seront remplacés par des équivalents électriques — il faut faire plus pour aligner les prix avec les pays concurrents.
Le secteur "fait toujours face à des prix de l'électricité industrielle presque 40% plus élevés qu'en France et en Allemagne", s'alarme Gareth Stace, directeur général du syndicat de l'acier Steel UK.
L'organisation demande des aides pour s'aligner sur des pays "comme la France, l'Italie, l'Espagne et les Émirats arabes unis" qui ont chez eux des mécanismes "pour protéger les industries à forte intensité énergétique contre les prix élevés sur les marchés de gros".
Si la production d'électricité est si chère au Royaume-Uni, c'est que plus du quart de son courant provient encore du gaz, un hydrocarbure souvent payé au prix fort ces dernières années, en particulier après le début de la guerre en Ukraine.
- Cliquetis étourdissant -
Or en Europe et dans les pays où le marché de l'électricité est libéralisé, les opérateurs les moins chers (souvent les renouvelables) sont appelés en premier sur le réseau, mais le prix pour l'ensemble du marché est fixé par la dernière centrale allumée pour satisfaire la demande à un moment donné.
"En France, le nucléaire fixe assez souvent le prix et il est moins cher" que le gaz, tandis qu'au Royaume-Uni, c'est presque toujours le gaz qui dicte les prix, explique à l'AFP Sam Frankhauser, professeur d'économie et de politique du changement climatique à Oxford.
Dans l'usine d'Elton, un deuxième bâtiment est consacré au remplissage et à l'étiquetage. Dans un cliquetis étourdissant de bouteilles, M. Harry explique que l'enjeu du prix de l'énergie est aussi celui de la décarbonation.
"D'ici 2030, nous serons en mesure de produire des bouteilles en verre dont l'empreinte carbone aura été réduite de 80%", affirme-t-il, mais cela implique d'utiliser davantage d'électricité.
"Le Royaume-Uni est parvenu à décarboner le réseau de manière phénoménale en abandonnant le charbon" mais l'envolée des prix du gaz est survenue avant que le pays "ait suffisamment de renouvelables", estime Gregor Singer, chercheur à la London School of Economics.
A moyen ou long terme "il est presque certain que les prix vont baisser", selon lui.
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